Rouge insomnie

Voltige des mots
dans le bruit du silence.
Dormir plus loin est impossible
quand des étoffes rouges
se taillent sous l’abrupt,
assaillent jusqu’au centre.
 
J’appelle matin, j’appelle solitude.
Je ne sais pas l’homme, celui qui dort,
le corps en croix. On dirait qu’il est mort.
Homme doux, pourtant
Pourtant, puissant
Homme reconnu mille fois sous l’aile de la main.
 
La grappe des vignes mûres
tombe au sol et éclate.
Point vernal,
Equinoxe doré,
je te cherche partout sous les bruyères du soir,
dans tous les plis du vent.
 
Accepter.
Jusqu’au regard grave du petit garçon ancien
qui n’est plus rien,
qu’une poussière d’étoile
au froid d’un cimetière.
Dire les marées du sang,
la mort des songes doux,
et puis l’amour à mort,
celui dont on pleure aussitôt.
 
Le sable coule au fond des yeux,
l’odeur du goémon de juillet
s’efface.
Le vieux cheval tremble
de ses galops anciens.
Dans les abattoirs, on repasse les couteaux
pour l’agneau de décembre.
Odeurs de cuirs, odeurs de sang.
Dans les couloirs du vide
encore marcher jusqu’à l’oubli de soi.
 
Au quai, une barque cogne.

Premier prix SPAF 2000