Voyage

Ils marchaient côte à côte,
flanc à flanc,
l’homme et la femme
qui n’allaient nulle part ailleurs,
nulle part plus loin
que l’un vers l’autre.

Flanc à flanc,
l’homme et la femme,
comme deux bêtes chaudes,
sous la main ronde du soleil,
dans le poudroiement des ors bleus,
le saignement des fruits,
dans le bruissement du silence
qui étouffait doucement les vagues anciennes
sur la pierre blanche des nuques,
le même petit creux tendre à lui, à elle,
l’homme et la femme.

Leurs corps de peupliers devenaient lourds,
cherchaient racines sous leurs pas
et pourtant ils marchaient, droit devant,
l’un vers l’autre toujours
tant ils sentaient que s’arrêter
c’était mourir.

Ils marchèrent jusqu’aux nuits
et quand le monde d’acier trembla et s’écroula,
rien ne frémit des liens de lierre qui,
depuis l’aube bleue,
nouaient l’homme à la femme,
la femme à l’homme.

Premier prix François Matenet 1995