Florilège

Ici, un mélange, que je souhaite hétéroclite, d’extraits de textes qui m’ont amusée ou touchée.  Il y a là des répliques de théâtre, mais aussi des extraits de poèmes ou de prose poétique. Mélange détonnant à butiner!

« Nous sommes plus que jamais entourées de fourmis », dit sa lettre. Inquiètes, ventre à terre, elles poussent des poussières… C’est la société la plus fermée qui soit. Et jusqu’à présent pas une n’a levé la tête sur nous… Elle se ferait plutôt écraser.

Henri Michaux – « Lointain intérieur »

L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne.

Eugène Ionesco – « La cantatrice chauve »

Matin de printemps. Sur la colline
Les choux étaient plus ventres que les ventres.

Eugène Guillevic – « Terraqué »

C’est un secret, les vieilles. On se les passe de main en main, on en cueille aux branches des pommiers, on en ramasse aux abris d’autobus… Elles naissent et disparaissent, poussière et poussière, dans leur tablier bleu. Le crépuscule les pose sur des bancs de fer, le long des routes où trottent les autos…

Geneviève Berger – « Les chignons »

Mais non, je n’ai jamais été dans le Vaucluse ! J’ai coulé toute ma chaudepisse d’existence ici, je te dis ! Ici ! Dans la Merdecluse !

Samuel Beckett – « En attendant Godot »

Depuis que je t’aime, ma solitude commence à deux pas de toi.

Jean Giraudoux – « Ondine »

Pour faire un monde. Pour le défaire. Une mesure, et personne jamais pour la prendre.

Alain Bosquet – « Le livre du doute et de la grâce »

Les gens n’ont qu’une idée : acheter. Des frigos. Des voitures. Des maisons, des terrains, des actions. On est gouverné par un argent invisible. On n’entend plus le son de la monnaie.

Sam Shepard – « Californie paradis des morts de faim »

Je ne veux pas gagner ma vie, je l’ai.

Boris Vian – « L’écume des jours »

Avec un caractère comme j’en ai un, on n’épouse pas n’importe qui. On épouse un cocu. C’est ce que j’ai fait. Il ne l’était pas encore quand je l’ai épousé, mais on voyait bien qu’il était fait pour ça. Et ça n’a pas tardé.

Roland Dubillard – « Les nouveaux diablogues »

De ma joue contre sa joue, j’ai appris la chaleur de mon père. Parfois, l’été, le monde a juste la tiédeur de mon père. J’en défaille.

Jean Giraudoux – « Electre »

J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse.

Arthur Rimbaud – « Les Illuminations »

Très vite dans ma vie il a été trop tard; à dix-huit ans il était déjà trop tard.

Marguerite Duras – « L’Amant »

Alunissage : Procédé technique consistant à déposer des imbéciles sur un rêve enfantin.

Pierre Desproges – « Dictionnaire du superflu »

Elle avait des yeux d’un bleu d’orage, d’un bleu si dense que je l’imaginais, pleurant, faire des trous de ciel dans son mouchoir.

Alain Damassio – « La Horde du Contrevent »

Tous les docteurs ne sont que des charlatans. Et tous les malades aussi. Seule la marine est honnête en Angleterre.

Eugène Ionesco – « La cantatrice chauve »

Où as-tu posé la lumière ?
Dans les champs de Bourgogne
Ma belle.

Catherine Marafaud-Leray – « Quand les fenêtres »

Un jour, j’ai contemplé ma vie. Je l’ai prise dans mes bras, je l’ai trouvée trop grande pour moi et je vous l’ai offerte. Depuis ce temps, vous en faites ce que bon vous semble.

Christian Bobin – « Lettres d’or »

Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs.

Cioran – « Syllogismes de l’amertume »